2003, ANNEE DE LA BIBLE par Bernard Héritier, diacre
UNE LOI UNIVERSELLE
Nous
avons vu, le mois dernier, que la Loi est de l'ordre de l'amour, à
l'image de l'amour de Dieu: débordement incessant de tendresse et de
miséricorde.
C'était
le message essentiel du prophète Michée. Le prophète Jonas veut
approfondir cette idée de tendresse : s'il est vrai, l'amour de Dieu
doit s'intéresser à tous les hommes car cet amour ne peut être
qu'universel.
Le
livre de Jonas est écrit à une période où la communauté juive de
l'Ancien Testament est tentée par la peur et le repli sur soi: Dieu est
à nous! Ne risquons pas de le perdre en le partageant avec d'autres! Car
l'autre - cet étranger, ce païen - est potentiellement dangereux et
risque de nous faire perdre notre identité !
C'est
bien ainsi que s'ouvre le récit: Jonas reçoit l'ordre d'aller
apporter la Parole de Dieu aux habitants de Ninive (dans l'Irak actuel),
la grande ville païenne: imaginez aujourd'hui qu'un juif se rende à
Bagdad pour parler du Dieu d'Israël! Autant courir au suicide! C'est
bien le réflexe de Jonas qui obéit à Dieu et s'embarque... pour
l'Espagne.
Mais
Dieu ne se laisse pas démonter: une petite tempête, une baleine dans le
ventre de laquelle Jonas va séjourner trois jours (figure
prophétique de la mort et de la résurrection de Jésus), et voilà notre
prophète rendu à son point de départ! Il doit bien alors obéir. Et là
qu'elle n'est pas sa stupéfaction: au lieu de se faire lyncher comme il
s'y attendait, Jonas assiste à la plus incroyable conversion de
l'histoire de tous les temps :
Jonas avait à peine marché une journée en
proférant cet oracle: "Encore quarante jours et Ninive sera mise sens
dessus dessous", que déjà ses habitants croyaient en Dieu.
Tous
les habitants de Ninive - et Dieu sait s'ils sont nombreux puisqu'il
fallait trois jours pour traverser la ville - le roi et même les animaux
se convertissent, font pénitence et croient en Dieu !
Mais le
récit ne s'arrête pas là. Jonas se fâche car il est jaloux. Il se
rend compte en effet que son Dieu n'est pas un Dieu du mérite, de la
récompense (si tu accomplis parfaitement les préceptes de la Loi, tu
es sauvé), mais un Dieu d'amour. Et c'est bien ce qu'il reproche à
Dieu :
Je savais bien que tu es un Dieu bienveillant et
miséricordieux, lent à la colère et plein de fidélité... Maintenant,
retire-moi la vie; mieux vaut pour moi mourir que vivre!
Qu'est-ce qu'un Dieu capable de pardonner à des étrangers, qui ne veut
plus punir les méchants et récompenser les justes?
C'est
pourtant ce que Dieu va faire comprendre à Jonas. Avec beaucoup
d'humour. Jonas sort de la ville et s'assied. Il attend encore la
catastrophe, le feud du ciel qui doit punir les païens. Dieu fait alors
pousser une plante qui donne une ombre bienfaisante au prophète qui s'en
réjouit. Mais cette plante dépérit, un fort vent d'Est se lève et le
brûlant soleil oriental donne une telle migraine à Jonas qu'il
est à deux doigts de s'évanouir. Il se fâche alors contre la plante et
Dieu se sert de cet événement comme d'une parabole:
Toi, tu as pitié de cette plante pour laquelle tu n'as
pas peiné et que tu n'as pas fait croître... Et moi je n'aurais pas
pitié de Ninive la grande ville où il y a plus de cent vingt mille êtres
humains!
Si Dieu
est amour, il l'est pour tous, même pour ceux qui, à priori sont
méchants ou nos ennemis: c'est déjà en germe la Bonne Nouvelle du
Nouveau Testament :
Je ne suis pas venu sauver les justes, mais les
pécheurs...
Aimez vos ennemis...
Bernard
Héritier